Région des lacs
À cheval sur l'Argentine et le Chili, la région des lacs aligne volcans actifs, forêts d'araucarias et villages d'origine allemande, à 22°C en plein été.
La région des lacs forme la charnière nord de la Patagonie, à cheval sur la frontière argentino-chilienne, entre le 39e et le 42e parallèle sud. Côté argentin, San Carlos de Bariloche, posée sur la rive sud du lac Nahuel Huapi, en est la capitale officieuse. Côté chilien, Puerto Varas surplombe le lac Llanquihue avec, en toile de fond, le cône régulier du volcan Osorno (2 652 m). Plus au nord, Pucón vit à l'ombre du Villarrica, l'un des volcans les plus actifs du continent, dont le panache de fumée est visible depuis le centre-ville par temps clair.
Le contraste avec la steppe sèche du sud patagonien est immédiat. Ici, les précipitations annuelles dépassent 2 000 mm sur le versant chilien, et la forêt valdivienne couvre tout : coihues, lengas, arrayanes au tronc cannelle, et plus au nord les araucarias, ces conifères en forme de parasol qui peuvent vivre mille ans. Le parc national Nahuel Huapi, créé en 1934, est le plus ancien d'Argentine ; côté chilien, les parcs Vicente Pérez Rosales et Villarrica protègent les mêmes écosystèmes lacustres et volcaniques.
La région porte une histoire d'immigration européenne marquée. Bariloche a été façonnée par des familles allemandes, suisses et italiennes arrivées entre 1890 et 1930, ce qui explique l'architecture en bois et pierre du centre civique, signée Bustillo, et la production locale de chocolat sur l'avenue Mitre. À Puerto Varas et Frutillar, les maisons à colombages et le festival de musique classique en bord de lac témoignent de la colonisation allemande des années 1850. En arrière-plan, le peuple mapuche reste présent, notamment autour de Junín de los Andes et dans les communautés rurales du piémont, avec une cuisine où le piñón, la graine de l'araucaria, tient encore une place centrale en autonomie alimentaire.
Le mode de vie s'organise autour de l'eau et du bois. Pêche à la mouche sur les rivières Limay, Chimehuin et Petrohué, élevage extensif dans les vallées, exploitation forestière encadrée, et une économie touristique installée depuis longtemps : Bariloche reçoit aussi bien les randonneurs en été que les skieurs au Cerro Catedral entre juin et septembre. Côté gastronomie, on retrouve la trucha (truite arc-en-ciel) fumée, le ciervo (cerf rouge introduit) en saison, le curanto chilien cuit sous terre à Chiloé voisine, et l'usage du maté qui circule de main en main dans les refuges de montagne.
La région est aussi un point de bascule géographique. La Route des Sept Lacs, 110 km de bitume entre Villa La Angostura et San Martín de los Andes, longe sept plans d'eau aux teintes variant du turquoise à l'ardoise selon la profondeur et la lumière. Plus au sud, le passage Cardenal Samoré et le franchissement bi-lacustre Pérez Rosales (combiné de bus et de bateaux entre Bariloche et Puerto Varas, environ 12 heures) permettent de basculer d'Argentine au Chili sans reprendre l'avion. C'est, à notre connaissance, l'un des seuls endroits d'Amérique du Sud où la frontière se traverse en navigation sur deux lacs glaciaires.
Pour notre équipe basée sur place, la région des lacs joue un rôle particulier dans la construction d'un itinéraire patagonien : elle adoucit le voyage. Après la rudesse minérale de Torres del Paine ou la steppe ventée de Calafate, on retrouve ici des températures clémentes, des villages animés, des bonnes tables et des distances raisonnables entre les étapes. C'est aussi la région qui ouvre la Patagonie aux familles et aux voyageurs qui n'ont pas envie de marcher huit heures par jour.
À découvrir
Circuit Chico autour de Bariloche. Boucle de 60 km le long du Nahuel Huapi, avec arrêt au Cerro Campanario (téléphérique de 7 minutes, vue à 360° sur les lacs et la Cordillère). Idéal pour une première journée d'acclimatation.
Ascension du volcan Villarrica. Montée encadrée de 5 à 6 heures depuis Pucón jusqu'au cratère fumant à 2 847 m, crampons et piolet fournis. Le sommet donne sur le lac homonyme et, par temps clair, sur trois autres volcans.
Route des Sept Lacs. 110 km entre Villa La Angostura et San Martín de los Andes, à parcourir en deux jours avec nuit à San Martín. Arrêts baignade au lac Espejo et au lac Falkner en janvier-février.
Traversée Andine Pérez Rosales. Passage Argentine-Chili en une journée combinant trois lacs (Nahuel Huapi, Frías, Todos los Santos) et quatre bateaux. Arrivée à Petrohué au pied de l'Osorno.
Forêts d'araucarias du parc Huerquehue. Marche de 6 heures dans une forêt de conifères millénaires à l'est de Pucón, avec trois lagunes d'altitude et croisement possible avec des familles mapuche qui exploitent encore le piñón.
Quand y aller
La meilleure fenêtre s'étend de décembre à mars, l'été austral. Les températures à Bariloche oscillent alors entre 8°C la nuit et 22°C l'après-midi, les sentiers d'altitude sont déneigés et les lacs assez tempérés (16-18°C) pour s'y baigner brièvement. Janvier et février concentrent toutefois la fréquentation argentine et chilienne ; pour éviter la saturation autour de Bariloche et Pucón, nous orientons souvent nos voyageurs sur la première quinzaine de décembre ou la deuxième de mars, avec des conditions encore stables.
L'automne (avril-mai) offre des couleurs spectaculaires sur les lengas, qui virent au rouge orangé, et une lumière basse appréciable en photo, mais les premières neiges peuvent fermer les cols dès la mi-mai. L'hiver (juin à septembre) est dédié au ski au Cerro Catedral et autour du Villarrica, avec des températures négatives la nuit. Le printemps (octobre-novembre) reste pluvieux côté chilien, avec 150 à 200 mm mensuels à Puerto Varas, ce qui complique les randonnées en altitude mais convient à la pêche à la mouche dès la mi-novembre.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 5 jours pour une approche cohérente côté argentin (Bariloche, Circuit Chico, Route des Sept Lacs, San Martín de los Andes) et 6 à 7 jours si l'on souhaite traverser au Chili et inclure Pucón ou Puerto Varas. L'aéroport principal est celui de Bariloche (BRC), relié quotidiennement à Buenos Aires en 2h15 ; côté chilien, on entre par Puerto Montt (PMC), à 20 minutes de Puerto Varas. Les deux aéroports sont également accessibles depuis Santiago.
La région se combine logiquement avec El Chaltén Fitz Roy et El Calafate et glaciers par un vol intérieur (Bariloche-El Calafate, 1h45), ce qui permet d'enchaîner douceur lacustre et grands glaciers en un seul voyage. Pour les voyageurs qui veulent boucler avec le Chili, la traversée andine en bateaux vers Puerto Varas ouvre ensuite la route vers Torres del Paine via Puerto Montt. Le confort est élevé sur l'ensemble de la région : hôtels-boutique au bord des lacs, lodges de pêche, refuges de montagne bien équipés. C'est la zone que nous proposons en priorité aux familles avec enfants, aux couples qui veulent randonner à la journée sans trekking engagé, et aux voyageurs contemplatifs qui préfèrent les bivouacs en bord de lac aux marches d'approche de plusieurs heures.











